Un modèle prédictif maya
Étude de l'utilisation des Systèmes d'Information Géographique dans le cadre d'un projet archéologique multi-échelles
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I. Introduction

Situés en Amérique Centrale, le Guatemala et son voisin le Bélize sont des pays qui ne sont pas forcément très connus. C'est pourtant ici que durant plusieurs millénaires s'est développée une civilisation qui a laissé derrière elle des vestiges archéologiques incroyables. Un peuple qui passionne par la grandeur de ses constructions, par ses temples majestueux qu'il est toujours possible de voir dépasser de la canopée et par les multiples monts ayant recouvert ses habitations qui parsèment la jungle de ces pays. Alors que le Bélize ne comportait en 2005 que 277 409 habitants pour 22 966 km² (Government of Belize 2006; SIB 2007)⁠, soit une densité de 12 hab./km², il est frappant de voir en se promenant dans la forêt à quel point les Mayas semblaient très présents.

Les densités avancées par certains archéologues vont dans ce sens, 280 hab./km² dans la région du Rio Bec (Fischbeck 2004)⁠ par exemple, ou encore 407 à 506 hab./km² pour la zone rurale de Copal Pocket (Webster & Freter 1990, cité dans Wheeler 2008)⁠. Comment une telle population pouvait-elle subvenir à ses besoins alors que les Mayas ne connaissaient pas le fer, n'utilisaient pas la roue ? Quels sont les secrets qui ont permis à cette civilisation d'asseoir sa splendeur dans le Yucatàn et d'y subsister pendant plus de 1 700 ans ?

Telles sont les questions auxquelles les archéologues essaient de répondre, et les systèmes d'information géographique prennent une place de plus en plus importante dans leurs recherches depuis les premières utilisations dans les années 1980 (Aldenderfer & Maschner 1996; Wheatley & Gillings 2002)⁠. De nombreuses publications ont été effectuées sur le sujet, notamment au niveau des possibilités de modélisation et de l'efficacité des modèles prédictifs (Mehrer 2006; Dermody 2005; Leusen 2002)⁠ pour tenter de définir des règles de bonne utilisation de ces outils en conciliant la connaissance et la mise en pratique des techniques associées avec le respect de l'aspect archéologique.

Le présent mémoire, effectué dans le cadre d'un programme d'étude de l'environnement maya, ne vise pas à être une énième analyse théorique des relations entre SIG et archéologie, mais à lier intimement la mise en œuvre d'un projet complet avec l'identification et la résolution des difficultés rencontrées. Comment concilier le travail d'un ingénieur en géomatique n'ayant pas de connaissances initiales en archéologie avec les besoins d'une équipe multidisciplinaire ne comportant pas de technicien en systèmes d'information géographique ? Quelles sont les phases à suivre pour la réalisation d'un tel projet, de l'organisation des données disponibles au sein d'un système utilisable par tous à l'analyse des résultats produits, en passant par les phases de concertation avec les membres de l'équipe ? La correction de modèles prédictifs biaisés est notamment clarifiée, mettant en lumière la complexité des choix à effectuer et les conclusions erronées auxquelles ils peuvent parfois conduire.

Cette étude insiste également sur les problèmes d'échelle lors de la mise en place d'une méthode prédictive : quels sont les critères à retenir pour le choix des données et l'application de la méthode des Weights of Evidence ici choisie ? Comment les choix de la taille des masques ou du type des sites utilisés influent-ils sur les résultats ? Est-il possible de généraliser à l'échelle du système du monde maya des conclusions obtenues à une échelle locale ?

Enfin, la question de l'application des résultats de modèles prédictifs et de leur traitement est présentée. Comment produire à partir de ces modèles de nouvelles informations sur la population étudiée, ses moyens de subsistance et son occupation des sols ? Est-il possible d'apporter grâce aux outils de la géomatique une nouvelle vision sur la façon dont un peuple pouvait vivre, et d'aborder la question des politiques actuelles en terme d'agriculture pour mettre en relation les enseignements du passé avec les défis du futur ?

Malgré la spécificité du programme étudié, ce mémoire est donc conçu de façon à être transposable à tout projet archéologique s'intéressant à une mise en œuvre d'une modélisation de population.

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