Un modèle prédictif maya
Étude de l'utilisation des Systèmes d'Information Géographique dans le cadre d'un projet archéologique multi-échelles
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F. Conclusion

La validation et l'amélioration du modèle prédictif pré-existant (Monthus 2004 publié dans Clarke et al. 2009)⁠ imposaient pour cette étude de reconsidérer les résultats du modèle de population dont la validité n'était plus assurée. La nouvelle population obtenue au niveau de la zone (182 600 habitants) ne diffère que de 8 000 personnes avec celle calculée dans le passé, mais est maintenant expliquée par les données issues du modèle prédictif et non plus par des changements a posteriori sur critères subjectifs.

La méthode mise en place pour les questions d'alimentation n'était pas non plus satisfaisante, les paramètres étant simplement repris du travail de Kathleen Rose sans analyse critique, et le modèle étant bâti en terme de disponibilité plutôt qu'en terme de besoins.

Le modèle de propagation des sites ainsi que celui d'occupation des sols et de subsistance de la population conçus pour cette étude sont enregistrés dans un unique fichier tableur au format OpenDocument Spreadsheet, format ouvert et norme ISO internationale pour assurer l'inter-opérabilité (Wikipedia 2009d)⁠. Il est possible d'influer sur tous les paramètres considérés lors de la création du modèle, par exemple changer le pourcentage d'unités résidentielles occupées pour modéliser une autre période que le classique tardif, et d'obtenir instantanément tous les autres résultats tels que les besoins en maïs correspondant.

Illustration 28: occupation des sols pour le scénario n°2

La figure ci-dessus (Illustration 28) présente le résultat d'occupation des sols pour le scénario le plus satisfaisant (scénario 2). Ce schéma décrit la superficie de terres disponibles pour chaque unité résidentielle occupée des classes de sol cultivables du modèle. La zone résidentielle (qui peut être composée d'une grande structure ou de plusieurs plus modestes) est entourée d'une parcelle interne comportant un milpa et un jardin forestier doté d'une grande diversité de plantes et arbres ayant des usages variés, tels que nourriture, médecine, bois de construction ou combustible (Corzo Marquez & Schwartz 2008; Ford 2008; Gasco 2008; Nigh 2008)⁠.

La partie commune associée à cette habitation représente les structures publiques, cela incluant par exemple les temples, les places, ou encore les voies de communication principales. Ces parties communes sont évidemment regroupées pour former des parcelles importantes recevant ces bâtiments primordiaux pour la vie sociale.

Pour subvenir aux besoins de la famille comprenant environ 5,6 membres, des milpas externes sont également utilisés. Ceux-ci sont créés par une technique de brûlis qui enrichit les sols (Nigh 2008)⁠, et sont utilisés pendant quatre ans, un nouveau brûlis étant effectué ailleurs à la fin de cette période. L'ancien milpa n'est cependant pas abandonné à lui même, mais au contraire accompagné de telle façon que la forêt secondaire peut réapparaître en 12 à 15 ans au lieu de 25 ans, ce qui permet également d'améliorer la qualité des sols d'un cycle au suivant (Nigh 2008)⁠. Du fait de la population importante de la zone étudiée, la durée du cycle est cependant réduite ici à douze ans, ce qui ne laisse que huit années à la forêt pour se régénérer, ne pouvant atteindre que la première phase de forêt secondaire décrite par Nigh. La forêt mature nécessitant 20 ans pour se reconstituer (Nigh 2008)⁠, ou la canopée fermée apparaissant 15 à 30 ans après le début du cycle (Ford & Nigh 2009)⁠ sont donc probablement quasiment absentes puisque cela imposerait de réduire d'autant le cycle du milpa à d'autres endroits.

Cette situation soulève la question de la viabilité de ce système sur la durée. Un cycle du milpa ainsi réduit permet-il de continuer à enrichir les terres ou tout au moins maintenir leur niveau de fertilité ? Le fait que la forêt mature se raréfie ou même disparaisse peut-elle avoir d'autres répercussions ? Cette étude est en effet basée sur la partie de l'alimentation constituée par le maïs, mais quels sont les effets sur la faune de cette situation, et donc sur les autres sources de nourriture des Mayas ?

Illustration 29: aspect d'un milpa planté de maïs, haricots et plantes diverses par Narciso Torres, un jardinier forestier maya moderne

Le système tel que modélisé apparaît être à la limite du déséquilibre, et nécessiterait pour arriver à des conclusions plus précises des études plus poussées sur la productivité des champs de maïs cultivés à l'époque des mayas, sur la viabilité d'un cycle du milpa restreint, ainsi que sur les effets de la diminution de la forêt mature au niveau des animaux. En étant à la limite de l'instabilité, il est tout a fait possible d'imaginer que toute survenue d'une période de stress climatique pourrait avoir de graves conséquences, tant au niveau de la population que de la fertilité des sols utilisés plus intensivement.

Les tensions sociales en résultant et l'affaiblissement des instances dirigeantes pourraient alors entraîner une baisse de la participation aux taxes, constituées notamment de culture des terres et constructions non rémunérées pour le compte des prêtres et des nobles, ou encore et surtout de constructions publiques et entretien des bâtiments (Von Hagen 1960)⁠. Sans soutien du peuple préoccupé à lutter pour sa subsistance, les classes dirigeantes seraient mises à mal, et sans entretien les bâtiments se dégraderaient rapidement. Ceci aurait pu participer au déclin de cette civilisation : des monuments archéologiques mayas révélés par les archéologues souffrent ainsi particulièrement de leur exposition sans entretien permanent et certaines de leurs merveilles sont en train de disparaître à jamais (Dunster 2004)⁠, montrant la complexité et l'importance du travail qui devait être effectué à ce niveau par les Mayas.

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