Un modèle prédictif maya
Étude de l'utilisation des Systèmes d'Information Géographique dans le cadre d'un projet archéologique multi-échelles
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iii. Application du modèle du milpa

La propagation est effectuée en prenant en compte les proportions déterminées ci-dessus. La première étape consiste à calculer la superficie de sol cultivable disponible pour chaque unité résidentielle occupée. La valeur de 22 506 m² obtenue doit ensuite être divisée en :

La superficie d'un jardin privatif est estimée entre 0,25 ha et 0,5 ha (Fedick 1992, cité dans Rose 2003)⁠, une valeur moyenne de 0,4 ha est donc retenue pour cette étude. Cela donne une première superficie de milpa que l'on peut qualifier d'interne, valant 1 200 m² par habitation.

Il faut alors déterminer la superficie nécessaire pour les terres du cycle du milpa externe. Celle-ci dépend de la longueur du cycle considéré. Certaines sources parlent d'approximativement vingt ans (ESP-Maya 2009)⁠, tandis que d'autres décrivent le cycle plus précisément. Ronald Nigh a ainsi étudié les jardiniers forestiers mayas lakandones des basses-terres de Chiapas, au Mexique (zone située à l'ouest du Guatemala). Après plusieurs années de culture du maïs, les lakandones identifient quatre étapes pour le retour à une forêt mature (Nigh 2008)⁠ :

Nigh souligne que la reconquête de la forêt secondaire sous la supervision des lakandones après culture du maïs peut ainsi se faire en douze à quinze années contre 25 à 200 ans nécessaires sans cet accompagnement (Chazdon 2008, cité dans Nigh 2008), notamment par le fait que des oiseaux et chauve-souris sont attirés par les arbres à croissance rapide propagés par les mayas, et amènent avec eux les graines des arbres composant la future canopée. La parcelle est alors prête à être reconvertie en milpa, même si dans la pratique les lakandones préfèrent laisser la forêt grandir encore pendant plusieurs années (Nations & Nigh 1980, cité dans Nigh 2008)⁠. Même si ces valeurs proviennent d'une région différente, elles sont prises en compte dans cette étude faute d'avoir d'autres sources. De plus, il est possible de supposer qu'étant donné que ce territoire est situé à la même latitude les conditions sont assez similaires, les différences ne dépassent sans doute donc pas un ou deux ans.

À partir de cette analyse, et pour avoir un cycle du milpa complet, la valeur moyenne de quatorze années va être retenue après culture du maïs pour revenir à la forêt secondaire initiale. Il serait possible de prendre une valeur un peu inférieure, mais il faut également envisager des cas de retour à une forêt mature, et le fait que les mayas préfèrent apparemment attendre plus que le temps minimal nécessaire (Nigh 2008)⁠.

Kathleen Rose décrit l'effet d'appauvrissement des sols du milpa au fil du temps (Rose 2003)⁠, ce qui pousserait à considérer trois ans de culture du maïs sur brûlis. La qualité des sols dépend également des compétences du jardinier forestier, la fertilité de la parcelle pouvant même augmenter après chaque nouveau cycle (Nigh 2008)⁠. Une valeur maximale de quatre ans de culture peut être envisagée, ceci se retrouvant également avec les jardiniers forestiers mayas modernes.

Cela donne donc quatre années de milpa pour un cycle total de 18 ans : 4,5 milpas sont donc plantées durant un cycle, ce qui nécessite une superficie de terrain non planté en milpa (en quête de reconquête par la forêt) 3,5 fois supérieure à la taille des milpas (voir le tableau ci-dessous).

La superficie totale de milpa nécessaire par habitation étant de 6 975 m², il apparaît en retranchant la milpa interne qu'il faut 5 775 m² de milpa externe. En considérant que le cycle nécessite 20 213 m² supplémentaires pour pouvoir être complet, la superficie totale de terres nécessaire par unité résidentielle occupée est donc de 29 988 m², plus que les 22 505 m² réellement disponibles. En prenant en compte la totalité des sites, il y a donc un déficit de 244 km² pour arriver à subvenir aux besoins de la population de cette façon : cette modélisation ne convient pas.

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