Un modèle prédictif maya
Étude de l'utilisation des Systèmes d'Information Géographique dans le cadre d'un projet archéologique multi-échelles
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E. Besoins en termes d'alimentation

La nouvelle population estimée va servir à recalculer les besoins en termes d'alimentation, en affinant la méthode utilisée. Celle utilisée dans le passé était basée sur un modèle de population considérant les besoins en terme de calories et de capacités de production au niveau de Tikal (Rose 2003)⁠, mais n'est plus satisfaisante. Le but de cette partie est d'essayer de déterminer si l'environnement des mayas leur permettait de subvenir à leurs besoins, une des raisons communément avancées pour leur déclin étant une surexploitation des ressources naturelles.

En prenant en compte les besoins d'une telle population et les connaissances disponibles sur certaines de leurs techniques d'agriculture, le modèle conçu devient alors un outil très intéressant pour ce type d'analyse. Si un modèle durable peut être établi pour la subsistance des Mayas et leur grand nombre d'habitants, ses enseignements seraient très intéressants pour des perspectives de développement durable au Guatemala et au Bélize.

1. L'agriculture Maya

Il est important de rappeler à ce niveau les méthodes d'agriculture des Mayas. Il est suggéré que plutôt que d'utiliser des méthodes de déforestation extensives et permanentes, les Mayas vivaient dans un environnement constitué d'un patchwork de champs et de forêts (Ford 2008)⁠. Le système proposé est entièrement dynamique, une parcelle n'étant pas cantonnée à une utilisation particulière définitive, mais faisant au contraire partie d'un cycle dynamique.

Celui-ci, qualifié de cycle du Milpa (cf. Annexe 26 : cycle du milpa), évoque un passage progressif d'un état de défrichement effectué par la méthode du slash and burn (technique de brûlis) à un retour à la canopée, s'étalant sur une vingtaine d'années, et est encore utilisé de nos jours dans la région du Petén (Corzo Marquez & Schwartz 2008)⁠.

Quatre étapes principales peuvent être identifiée (ESP-Maya 2009)⁠.

i. De la forêt au milpa

Une parcelle de forêt est coupée et brulée, le sol profitant de cet enrichissement temporaire. Pendant deux ou trois années, la parcelle sert à produire maïs, haricots et courgettes. À la différence des champs de maïs que l'on peut voir actuellement en France par exemple, il y a ici une véritable diversité. Le sol du milpa est en effet couvert de plantes, poussant au milieu du maïs. En plus des haricots et courgettes, il est ainsi possible de trouver des épices, des herbes, des tubercules, toute cette végétation participant à la qualité du milpa : certaines plantes servent à enrichir le sol, d'autres à éloigner ou attirer certains insectes pour qu'il ne s'attaquent pas à la nourriture, d'autres ont des vertus médicinales.

ii. Du milpa au jardin forestier

Des arbres fruitiers à croissance rapide (bananes, plantain, papaye) sont alors ajoutés au milpa et sont en mesure de produire des fruits en une année. Des arbres à croissance plus lente sont également plantés, pour apporter par exemple des avocats, mangues, citrons ou encore cherimoya. Alfonso Tzul, un jardinier forestier maya moderne, a également expliqué lors d'une discussion dans le cadre de ce projet comment le jardin se remplit alors d'oiseaux et d'animaux divers attirés par ces sources de nourriture.

Il est très intéressant de noter la philosophie que ces jardiniers appliquent à leur travail. Des oiseaux consommant les fruits ne seront pas chassés, mais des arbres fruitiers différents seront plantés pour qu'ils se détournent des fruits désirés. La même technique est d'ailleurs utilisée pour repousser certains insectes. Il apparaît également hors de questions pour ces jardiniers traditionnels d'utiliser des pesticides ou des désherbants chimiques tels que le Roundup qu'ils qualifient de « poison ».

Tout problème est traité naturellement, et les Mayas ont une relation spirituelle avec leur jardin, les plantes étant parfois considérées comme ayant leur propre personnalité, pouvant être humiliées ou corrigées verbalement si elles ne produisent pas suffisamment (Corzo Marquez & Schwartz 2008)⁠.

iii. Du jardin forestier à la forêt et la haute canopée

Les arbres fruitiers arrivent peu à peu à maturité, empêchant la lumière du soleil d'atteindre directement le sol. Le maïs, les haricots ou encore les courgettes ne sont plus viables, et de nouveaux arbres sont plantés pour le retour complet à la forêt, des cèdres ou des acajous par exemple.

iv. De la forêt à la haute canopée

Les nouveaux arbres dépassent alors les arbres fruitiers jusqu'à la reconstitution d'une haute canopée, et la forêt redevient ce qu'elle était avant le début du cycle. Les animaux retrouvent leur environnement d'origine, et le jardinier forestier peut vendre le bois ou l'utiliser pour sa consommation personnelle. Une vingtaine d'années après le brûlis initial, le cycle est complété et prêt à être renouvelé.

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